Sanctuaire
Remonter

 

Et ils diront, serait-ce la grâce ?

A Daniel Meyers parce que…

Un corps
nu
couché de travers sur la pierre
froide
un matin d'été

un drap de lin
un peu rugueux
et ce frottement
des sandales

au loin

*

Etre là 

silence 

l'essence 

alors ne plus respirer 

*

Une tige s'élance
la corolle s'offre
des marguerites 

Elle
la femme
M
et lui l'homme
M
toujours les aimerai 

*

Une larme jaillit
d'autres glissent
s'évaporent
diaphanes
sèchent
puis renaissent 

renaissent 

oh l'Intouchée 

et l'Intouchable 

Froid
le sang
et des lèvres qui meurent
puis s'envolent vers les cieux figés 

les corps 

n'existent pas 

*

Une voix appelle
résonne
luit
et ce bruissement des habits
rêches 

*

Une forteresse
imprenable ?
et des voiles
de tulle blanc
qui tombent 

tombent 

tombent 

tombent

mais ne dévoilent rien 

rien encore 

rien 

alors attendre 

comme si l'on possédait le temps 

*
L'aube
incandescente
les voix si claires 

et les anges
pleurent

*

Une caresse fugitive
la tête qui retombe 

l'élan du coeur
la main tremble
l'épure 

soi 

être 

là 

*
Des draps
qui claquent au vent
un voyage ? 

*
L'offrande et une main
qui s'avance 

le coucou ou le coq

chante 

*
Rires joyeux
et ce voluptueux
silence

aussi une balançoire vid
qui grince dans le vent
puis ces femmes
qui courent
le long des couloirs
blancs 

*
L'empreinte des hauts murs que l'on effleure
ces dalles fraîches
les colonnes 

une cuillère d'argent
tombe
dans le réfectoire

 *
Le potager
 cette chaleur moite de l'été
l'herbe
tout juste coupée
son odeur enivrante comme celle du bois
frais

 *
Et l'imperceptible
des lèvres
et l'effleurement
des yeux
des couteaux !

les mots
qu'il ne faut
pas
dire ?

*
Une porte
que l'on referme
furtivement
un souffle du vent
un oeuf de caille
et plus tard les chemins jonchés
de toutes ces feuilles
mortes

 *
L'éphémère
et l'insaisissable
le vide
 il...
lui
Lui

*
Le murmure du ruisseau
la fraîcheur de l'eau
l'odeur de la menthe poivrée
le ciel noir tout à coup
les nuages
bas
la pluie qui caresse les visages
puis ruisselle
dans la nuque

*
Une mèche
glisse 

l'odeur
 la couleur
d'une peau
 

et des braises
incandescentes ! 

des flammes 

viendra-t'Il jamais ? 

*
L'heure d'une prière
et une pomme
que l'on croque
un
champignon 

à éplucher 

un geste
n'importe lequel !

des brassées de fleurs blanches des espoirs
 fugitifs

*
Et une cellule
blanche elle aussi
un
lit
une
table
une
chaise

et l'oiseau qui dit

 *
Un souffle qui court
un
corps
qui se relève
un
bras
une marée d'équinoxe
un flot du lointain
le bleu du ciel
le sourire d'un enfant
et la main tachetée d’un vieillard

*
Une cloche sonne
d'autres portes s'ouvrent
doucement 

le soir tombe

furtivement

Il est partout
 

Oh l'indicible élan
la fin de l'autre monde
des peurs et alors l'envers
de tant d'autres choses ?

 

(c) 1998 - Edith Soonckindt - Bruxelles