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LE REVE NUPTIAL DE L'ESCLAVAGISTE CHINOIS
à
Kossi E., aussi Marc A., et même JGD. ...
publié
dans Sapriphage hiver ‘98

Tu
m'as dit
entaille-moi
le corps du fil
raide
de
tes escarpins
brûlants
et
je l'ai fait
dans
l'errance du rire et de la nuit,
comme
pour oser penser
qu'aimer
ne
serait pas jouer,
ou
dire que les vies seront fraîches
lorsque
perlera la rosée
dans
tous ces sourires, béants
Tu
m'as dit
frotte
!
ton
sexe de pâle bouche
contre
toutes mes lèvres ouvertes,
et
je l'ai fait,
fait,
oui,
parce
que suspendue à tes mots d'une vie
qui
s'écoule
vers
les égouts de ta panse tendue
ou
quelque horizon
flétri
lors
d'une nuit aux astres
délaissés
Tu
m'as dit
de
tes ongles griffe-moi le corps,
et
le visage,
griffe
!
ma
mer de peau,
de
tous tes yeux perdus
griffe
!
et
même des autres !
Me
suis exécutée
comme
pour des blessures secrètes,
que
l'on enlèverait le soir avant de les embrasser et de prononcer des paroles,
toutes
tachées du sang et des pleurs des bêtes
qui
savent bien,
qui
savent.
Puis
la lune a hurlé
sous
le vent qui apportait la brume, touffue,
et
j'ai pensé
qu'il
faudrait
oublier
Tu
m'as dit
de
ton autre bouche
aiguisée
par ton souffle vert-de-gris
mords-moi
jusqu'à ce que j'en meure !
et
je l'ai fait pour te dire
tu
m'aimes,
ne
m'oublie jamais
jamais,
n'oublie
toutes
les corolles
d'une
lune qui pleurait
ses
étoiles fichées en terre par faute de ton rire mauvais
Tu
m'as dit
de
tes mains étrangle-moi presque,
arrache-moi
les yeux ou les cheveux
ampleur,
divine,
et
béatitude,
ancienne,
comme
un brin d'argent.
Des
larmes j'ai ravalé,
noires
et pointues comme des crêtes franches,
puis
j'ai crié avec toi au fond des nuits,
toutes
les nuits de l'existence,
celles
du soleil
oublié
par hasard au bord d'une vie, nue
à
moins que ce n'ait été d'une fenêtre, vide
Tu
m'as dit
pour
toi, toujours,
et
il faut bien y croire
à
tous ces rêves vendus à la criée des marchands d'âmes.
Alors
mes soupirs
tendres
et salés tels une vague belle
dans
la terre de tes pieds sont venus s'immoler,
comme
une révérence.
Bras
tendus vers les cieux pour implorer le monde,
mais
le ciel n'a pas daigné regarder
Tu
m'as dit
marche
donc
sur
le verre brisé
sens-le
te couper la peau,
sens
sens,
donc
et
marche !
Tendre
comme un soir de mai
si
belle et délicate ta peau
sous
la grande nuit des étoiles et des empalés ;
et
gifle !
sur
ta joue offerte,
pour
tous les mensonges empruntés
au
fond de la mer de givre,
aussi
pour avoir prétendu aimer et oublié le sel
à
jeter sur les plaies
mortes
afin
de les raviver
Tu
m'as dit
roule,
toi,
sur
les éclats de verre,
de
rêves,
sur
tous les verres et les rêves brisés.
Ne
pense plus,
aux
soirs de grande tempête
qui
viendront tout essuyer.
Et
alors
étoiles,
sur
un plateau brillant,
offertes
à toi pour colmater les brisures
dans
les cieux bien trop étales de tous tes mots éteints
Tu
m'as dit
sur
les braises, marche !
marche
encore
et
brûle-toi donc les pieds.
N'oublie
pas - amnésie, criminelle -
les
songes pieux comme autant de pensées pleines.
N'oublie
pas
non,
attends
moi
attends
!
Et
je rirai,
de
toutes mes bouches belles
Tu
m'as dit
pour
moi
mange
!
mange
la peau et les cheveux
tout
juste arrachés,
mange
!
Et
j'ai fait comme tu voulais,
autour
de tes mains grandes.
Autour
d'elles
j'ai
dessiné
deux
oiseaux décapités qu'une enfant tiendrait dans sa main,
morte
d'avoir tant cru
ou
alors fatiguée,
par
toute l'espérance
Tu
m'as dit
viens
contre moi,
contre
moi tout contre,
viens,
donc,
viens
!
me
cracher au visage,
viens,
peut-être,
me
couper les oreilles
ou
leur souffler dessus pour les voir s'envoler,
telles
des crapauds tristes.
Et
je t'ai dit
que
je savais,
que
je savais, oui,
les
soirs de grands orages rouges qui tonnent dans la poitrine,
aussi
une envie de soleil
pris
au piège d'un grand filet
Tu
m'as dit
arrache-toi
les pieds,
menus,
d'un
coup bref et tendre
arrache
!
puis
viens,
les
déposer sur mon sexe.
Pour
toi, alors,
me
suis déchaussée
de
mes pieds exsangues
qui
perlaient joliment.
Caressés
ils penseront
qu'il
fallait bien prétendre exister et moi,
douce
endormie,
je
tremblerai de te connaître encore
Tu
m'as dit
les
yeux,
pose-les
sur ma bouche,
et
je n'ai pas craint,
que
tu veuilles avaler
deux
yeux pers gouttant
doucement
sur
l'autel profane de ta peau d'en haut,
idolâtre
et
rêche comme ton coeur putride
Tu
m'as dit
tes
mains,
dans
les miennes rugueuses !
molles
et mortes
tout
juste teintées du sang,
vivant,
je
les veux, entières !
avec
les ongles aussi.
Et
je te les ai offertes,
tranchées
comme
un quartier de lune que le boucher aurait aimé
Tu
m'as dit
aussi
le
coeur
laisse-le
donc en partant sur la table
dans
un papier de soie, béni.
-
Et si légers, les souvenirs célestes -
Mais
il m'a bien fallu te dire
que
je n'avais plus rien
rien,
plus,
avec
quoi le couper.
Ou
alors un rire,
amer,
pour
le débiter et te vendre
les
morceaux tendus et dévorés,
avec
bien trop d'avidité
dans
l'aube effleurée à peine
Tu
m'as dit
avec
moi
rouler,
sur
les braises soyeuses et sur le verre,
avec
moi rouler,
jusqu'à
l'océan ondoyant
sous
la brume puis sous le vent, si rude.
Ou
l'avons rêvé peut-être,
comme
une vie suspendue
au
vide des béances idoines,
dans
cet éclat de vérité, nue.
Et
ma tête, donc
me
faudra-t-il aussi l'ôter ?!
Poussière
d'étoile dans tes yeux dévêtus,
il
te faudra prendre garde aux anges.
Et
les clous ne sont pas tombés
et
les larmes n'ont pas rouillé.
Alors
que ton coeur se convulse,
longtemps
encore,
sous
le dernier baiser de mes lèvres empoisonnées,
et
que la malédiction de tous tes crucifiés
vienne
hanter ton âme, laide,
dans
toutes ces vies que tu oseras rêver !
Puis
je m'en irai et ta main
désespérée
cherchera
Dieu,
dans
tous les orifices.
(c),
Edith Soonckindt, juin 1994, Roosendaal.
Nota
: Ce texte a fait l'objet d'une lecture
publique sur la Péniche Fulmar (Bruxelles) dans le cadre de la Fureur de Lire
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