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LE BUCHER DES ANGES
Editions Hors Commerce (Paris)
- 12 €
Préface de Marcel Moreau
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Extrait de la préface :
(…) Le Bûcher des anges
n’est pas un conte pour les petits. C’en est un où devraient plonger, toutes
affaires de grands cessantes, ceux dont le mystère infantile demeure
« honteusement » irrésolu. Soit qu’ils le confièrent, pour en guérir, à la
psychanalyse, soit que le Verbe leur manque pour en remonter, des abîmes,
les secrets d’absolu.
J’ai « plongé » et, de la première
ligne à la dernière, j’ai « tressailli », ainsi qu’il en va chaque fois que
croyant aller à la connaissance, c’est sur des révélations que je tombe. (…) |
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| Illustration : Faraco -
Transmision de ideas |
CD promotionnel - musique du groupe
Troissoeur - extraits lus par Etienne Tombeux et l'auteur
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Ecrit en prose poétique, ce court récit violent et sombre
s’apparente au « roman » de quête initiatique et met en scène un enfant que l’on
suivra, jusqu’aux rives de l’âge adulte, à la recherche d’un ange et d’un
boucher, aussi de son identité, depuis la mer du Nord jusqu’aux plages de
Patagonie où il trouvera, ou pas, l’un ou la totalité de ces trois éléments
qu’il aura cherchés éperdument au fil des pages.
Le premier chapitre…
Né aux
étoiles dans un souffle immobile - loin des routes brûlantes des anges crucifiés
du boucher au tablier rougi - tu ignorais alors que c’était un bonheur rare et
plein que tu implorerais plus tard en vain lors des épuisements terrestres,
lorsque tu serais usé aux larmes pour avoir presque oublié ton nom et que l’on
se détournerait, apeuré, sur ton passage.
Enfant trop petit malhabile, maudit. Etranger
toujours tu seras, aux autres et à toi-même, même les chemins qui mènent au
coeur seront pour toi ceux de l’oubli.
Car telle serait, la malédiction des fées ce grand secret.
***
Les
routes il ne connaît pas encore pour l’instant c’est un enfant si doux si
tranquille qui n’a même pas envie de bouger, inerte comme une plume que la pluie
aurait collée tout contre la terre, glaise.
Oh,
il y a des rues bien sûr, dans la ville où il est né cela il le sait, dans son
corps qui s’immolerait déjà s’il le pouvait : celle, plate et morne, qui mène
chez le marchand de jouets dont l’oeil de verre lui renvoie les étranges reflets
d’un
carrousel les jours de grand fête.
Et
cette autre, grise et touffue, où le marchand de vélos offre son rictus à un
enfant-si-aimable-comme-vous-avez-de-la-chance-madame et la voilà qui sourie
comme elles le font toutes parce qu’inventées pour cette unique grave tâche.
Il y a
aussi celles qui mènent vers les gens, tous les gens de la Terre peut-être. Et
puis surtout il y a cette autre rue plate et vide qui mène au port où la
marchande d’algues lui donne des bonbons à l’odeur mauvaise lorsque le vent
souffle de la mer en charriant les cris, des marins noyés les jours de grande
tempête.
Parfois, aux côtés de la marchande, il y a un petit garçon mais ce n’est jamais
le même.
Ce sont
les rues de l’enfant, les premières qu’il connaîtra avant d’en parcourir tant
d’autres jusqu’à la nausée fébrile que procurent toujours les chemins qui ne
vous appartiennent pas. Exsangues et bien pâles imitations du seul chemin qui
aurait dû être, rester et résister aux tourmentes du temps et du vent les soirs
de pleines lunes, lorsque l’on peut étaler sa vie à nu dans le secret et se
dire, rien de vrai n’a encore été fait.
Au
milieu du labyrinthe que dans son esprit ces rues dessinent il y a celle où il
est né - rue, du Calvaire - sans qu’il sache encore ce que cela veut dire c’est
bien normal, un enfant si petit si tranquille.
Dans sa
rue il sait déjà qu’il se passe des choses - rues, lieux idéaux d’existence -
puisqu’il y a une grosse dame aux cheveux noirs qui crie et un jour, voilà la
petite fille de la grosse dame qui tombe par la fenêtre la dame en oublie de
crier. Dans la rue elle s’est tuée, la petite fille, sans un cri un chuchotement
par une journée de plus au creux du monde immobile. Il paraît, que c’est un
récit de plus qu’il s’est fabriqué lui dit sa mère qui l’accuse toujours de trop
rêver.
Mais
lui sait, que toujours il dira les choses telles qu’il les aura vues parce
qu’elles seront alors bien pires, que toutes celles que l’on pourrait inventer.
La
petite fille à la fenêtre. C’est la première histoire de son enfance, et déjà
personne ne veut le croire. Enfin, plus tard, personne ne voudra se souvenir de
la petite fille tombée du cinquième étage à moins que ce ne soit du premier, et
c’est comme un voile noir sur ses yeux qui l’inonde.
Alors
lui racontera, pour faire exister.
Elle
avait des cheveux mi longs sans couleur définie, coupés au carré croit-il se
souvenir c’est le seul détail qui lui reste en tête. De son nom il ne se
souvient pas, même s’il a dû souvent entendre la grosse dame le crier.
Mourir,
jeune, comme un sacrifice éternel suspendu au corps du vide, pétrifié.
Dans
les maisons derrière le port les murs intérieurs suintent d’humidité tellement
c’est lugubre mais le petit garçon sait qu’il a de la chance, sa mère les a
peints en jaune pour que cela fasse plus gai. En couleur, pleurer, c’est comme
une plaie offerte. Il est probable que la grosse dame n’avait pas peint les murs
en jaune et alors la petite fille s’est tuée en n’ayant connu que des murs
mouillés, blancs.
Il se
dit cela aurait pu être moi tué, à sa place quelle chance j’ai eu cela restera
la-mort-de-la-petite-fille-qui-ne-riait-jamais-car-comment-pourrait-on-rire-dans-une-rue-pareille
?
L’enfant se dit aussi c’est gai, tous les dimanches nous prenons la route - ma
toute première - pour aller voir mes grands-parents dans leur maison blanche et
basse avec du noir brillant qui lui entoure les pieds.
Maison
en demi-deuil un fils décédé rue du Calvaire, comme un petit oiseau lui dira sa
grand-mère plus tard, décédé à dix ans d’un mal impossible à soigner. C’était un
petit ange il ne pouvait pas vivre sur Terre diront d’autres parents. Et
l’enfant pense, deux jeunes morts dans ma rue déjà qui n’avaient pas fait
attention et voilà, j’aurai bien raison de me méfier des rues plus tard, et
aussi des routes.
Ange à
trépas d’oiseau, immolé sur tous les autels de l’incertitude et dont le sang,
noir, coulera des décennies encore, dans tous les coeurs abîmés par la brûlure
qu’il y a à laisser mourir un enfant sans l’aider.
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