Unknown-2Procédons par ordre !

Après une pause festive (bien méritée) d’une dizaine de jours sans réveil et avec tout plein de livres, laissez-moi tout d’abord vous souhaiter une année 2013 à la hauteur de toutes vos espérances (si si) !

J’en profiterai également pour vous informer qu’entre la fin de la traduction du moment (Merivel pour ne pas la nommer) et le début d’un blog que je vais monter sur le numérique (ma bonne résolution 2013), les newsletters de ce blog « traducteurs » se feront plutôt mensuelles, ou peut-être même épisodiques – je n’ai pas encore tranché.

A toute fin utile, laissez-moi vous présenter le premier livre de mon projet numérique (un e-book par mois) :

Et pour la suite :

En fait, elle dépend un peu de vous, quand je n’aurai plus de traduction en cours – et Dieu seul sait quand aura lieu la prochaine – je n’aurai plus grand chose de neuf à vous offrir via cette newsletter, puisque tout a été plus ou moins dit dans les autres articles de ce site consacré à la traduction.

Par contre, si vous avez des questions, eh bien je serai ravie d’y répondre en détail par le biais de cette newsletter !

A vous de jouer, donc…

L’heure des comptes…

En attendant, l’heure des comptes a sonné tandis que je vois poindre la fin de Merivel qui m'emplit d’une joie compréhensible, je crois, après 7 mois de dur labeur à un taux horaire défiant toute concurrence. Jugez plutôt : je suis maintenant, et ce depuis le 20 décembre, la fière génitrice de 450 feuillets de 28 lignes d’un texte enfin en français (aaaaaah) que j’aurai relu 8 fois, et ma réviseuse 2 !

L’éditrice m’ayant informée fin décembre « qu’il y avait encore du pain sur la planche » – ça m’a touchée, disons plutôt que cela m’a quelque peu affectée, étant donné le solide travail déjà abattu à ce stade-là -, j’ai décidé que j’effectuerai finalement 3 relectures globales en janvier, pour un total de 13, donc – alors que normalement j’en fais 5 ou 6… (cherchez l’erreur, et surtout pas la rentabilité !)

Si je m’entends encore dire qu’il reste du pain sur la planche, je crois que j’avale mon traitement de texte – de travers !

Jamais je n’ai effectué un travail aussi minutieux, scrupuleux, sur un texte, jamais je n’ai plongé aussi souvent dans le dictionnaire – environ 20 mots par jour, sans parler des recherches internet et des questions qu’il a fallu poser à l’auteur – jamais je n’ai autant sué sur une traduction (à part pour les remarquables et très difficiles Anne Enright, P McCabe et Trezza Azzopardi), polissant chaque phrase à un degré que je n’imaginais même pas possible !

Alors après cela, outre le stade de saturation auquel je suis parvenue, il est clair que je n’accueillerai pas volontiers les critiques ! Mais il n’y en aura peut-être pas, malgré toutes ses ratures dans le chapitre 1, l’éditrice s’était dit satisfaite de l’ensemble. Ce qui est sûr c’est que c’est hélas un travail toujours perfectible et qu’il y aura des remarques : malgré une chasse scrupuleuse, j’aurai sûrement laissé passer des que inélégants, quelques adverbes en « ment », ne parlons pas de l’imbroglio des temps puisque l’auteur passe allègrement du passé au présent dans un même paragraphe, et que moi-même suis un peu fâchée avec les accords de temps…

On va rire à la relecture donc, jaune plus certainement. Et je devrai sûrement retravailler (un peu).

Dernier souci : l’auteur a demandé à relire le texte en français, cauchemar du traducteur assuré, surtout si l’auteur ne comprend pas le principe selon lequel traduction égale forcément adaptation. Nadine Gordimer, qui se pique de parler français alors que ce n’est pas vraiment le cas, a la réputation de rendre ses traducteurs chèvres avec ses relectures et autres critiques. Espérons donc que j’aurai plus de chance…

Exemple de casse-tête ci-après que je vais forcément adapter (j’y réfléchis toujours), avec du français existant déjà pour corser le tout… :

‘Yes, Sir. She has described to me your recently planted Hornbeam Alley at Bidnold Manor.’

‘C’est quoi, “hornbeam”?’ asked Fubbs. ‘Do you mean “sunbeam”?’

‘No, Your Grace,’ said I. ‘Hêtre blanc in French, I think.’

‘Ah, Hêtre blanc. Oui, je vois. Très joli. ‘

Je vous parlais de comptes…

La fin de la traduction m’aura donc permis de faire les miens (je jouerai la glasnost jusqu’au bout en vous les communiquant) : 454 feuillets = 716472 caractères (espaces compris) que divisent 1500 signes = 477 feuillets (dits « automatiques » et qui sont de plus en plus la norme étalon des éditeurs, surtout grand public)  x 22 euros ledit feuillet de 1500 signes = (suspense) : 10 508 euros (oh victoire) ! Et attention, 22 eur du feuillet c’est beaucoup pour une traduction de l’anglais où la concurrence est rude,nombre  de traducteurs plafonnent à 20 eur, souvent moins (comme chez Harlequin, 17 euros aux dernières nouvelles, anglicismes obligatoires compris ;-)).

Donc, 10 508 euros.

Evidemment, vu comme ça, ça a l’air beaucoup….

Que nenni, comptez plutôt avec moi je vous prie :   il convient tout de suite de tronquer cette belle somme en deux pour en déduire impôts et cotisations sociales.

Il me reste alors 5254 net, nous sommes bien d’accord ?

J’ai travaillé 7 mois dessus à raison de plus de 35 heures par semaine (6 heures quotidiennes très intenses, samedi compris = 36 heures semaine au minimum !), ce qui nous donne, accrochez-vous,  la merveilleuse somme de… de… de 750 euros nets par mois – environ 5 euros de l’heure pour cette traduction-ci particulièrement chronophage, 2 fois moins qu’une femme de ménage !! Qui dit mieux ? Et comme, suite à la crise de la dette européenne, j’ai graduellement perdu mes fonctions de réviseuse pour le PE, je vous laisse imaginer la situation qui est la mienne et qui explique que je me tourne tout à coup avec beaucoup d’ardeur vers le numérique (qui pourrait se révéler pire que la traduction littéraire, ce n’est pas exclu ! ;-)).

Nota, si j’avais été payé au feuillet « papier » (option que les éditeurs délaissent de plus en plus car moins économique, pour eux bien sûr), j’aurais alors perçu 11 186 euros…

C’est en tout cas la première fois que je procède à un calcul horaire (qui ne comprend pas le retravail que j’aurai sûrement à effectuer au printemps), et je suis atterrée bien sûr. Fabuleux résultat pour 6 années d’études supérieures !

Petite précision : dans l’édition, les traductions sont rémunérées en 3 tiers : le 1er à la signature (juillet dans ce cas-ci, 4 000 eur, paiement retardé pour x raisons et perçu en… septembre), le 2d, 4 000 eur, à la remise (fin janvier dans ce cas-ci, paiement en février si j’ai de la chance), et le 3e  à l’acceptation (mars/avril ?). Pour l’instant et après un travail (acharné) de 7 mois (qui m’a empêchée d’en accepter d’autre) j’ai donc perçu à ce jour 4 000 euros en tout et pour tout…

Dernière précision : je ne peux bien sûr m’en prendre qu’à moi-même si j’ai gagné aussi peu sur cette traduction : j’y ai beaucoup trop travaillé, et voilà où mène la conscience professionnelle dans ce milieu… Il convient néanmoins d’ajouter, ceci expliquant cela, que si la traduction remise ne donne pas entière satisfaction, eh bien le dernier tiers ne sera tout bonnement pas réglé ! Ce jusqu’à réécriture satisfaisante…

Une lueur d’espoir dans ce monde de brutes :

Dame Tremain (dont la photo orne le paragraphe précédent) ayant la bonne idée  de gagner des prix (dont le Femina étranger) et de faire des best-sellers, il n’est pas impossible que Merivel en devienne un en français (sortie prévue en mai 2013, au fait).

Cela m’est arrivé pour La Nostalgie de l’ange et Les Cinq personnes.

Et là ça devient enfin intéressant !

Je n’ai pas réussi à obtenir les 2 % sur les droits négociés auparavant avec d’autres maisons (ça ne dépasse de toute façon jamais les 3 %), ce qui me laisse 1 % (prix plancher) de 150 000 exemplaires peut-être (soit plus, soit moins) ; ce qui pourrait faire une coquette somme en… avril 2014 – l’arrêté des comptes se fait en fin d’année civile et n’est répercuté que 3-4 mois plus tard…

Attention, je ne crois pas que ce soit 1 % du prix de vente non plus, subtile nuance, mais 1 % de la part de l’auteur (qui est en moyenne de 10 %). Et de toute façon, l’option best-seller demeure aléatoire…

Mais bon, bref, cela pourrait mettre du beurre dans les épinards le moment venu, la question étant : comment trouver de quoi se payer les épinards en attendant… ? 😉

Toujours désireux de traduire pour l’édition ?

Pauvres malheureux que vous êtes, vous n’avez donc pas encore compris ?

Qu’à défaut de solides réserves, d’un salaire d’appoint, d’un héritage ou d’un compagnon/d’une compagne salariée de son côté c’est mission impossible (ou en tout cas très périlleuse) ?

Vous insistez ?

Soit, je vous aurai pourtant prévenus.

Voici de quoi aggraver encore votre cas à l’ETL, l’école de traduction du CNL (Paris) ! 😉

Vous m’en direz des nouvelles ?

A bientôt encore une fois ou deux au moins pour la FIN (ze end!!) de mes aventures avec ce satané Merivel ! 🙂

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8 commentaires

  1. Euh, Caroline, ceci EST une newsletter à l’intention des futurs traducteurs littéraires ! 😉
    Et je ne sais pas quoi me souhaiter moi-même non plus, c’est très paradoxal. Il faudrait effectivement 4 traductions par an pour s’en sortir, ce que je n’ai jamais eu, plus souvent 1 ou 2. Bref, c’est sans solution. Cap donc sur le numérique, ou l’Aveyron ! 🙂

  2. Ce serait intéressant d’envoyer cette newsletter à des étudiants en traduction afin qu’ils sachent à quoi s’attendre. Et je me demande à propos de l’avenir de la traduction littéraire en te lisant. Qui voudrait encore faire cela, et tenter d’en vivre ? A ce prix-là, il te faudrait quatre traductions par an pour vivre un peu décemment et lorsqu’on voit que le travail peut prendre 7 mois, c’est juste impossible. Courage et je n’ose même pas te souhaiter de recevoir une nouvelle commande de traduction littéraire!

  3. J’étais tout à fait contre (trop proche de l’auto édition à mon goût), mais seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, donc j’ai viré ma cuti, et n’hésiterai pas à m’en expliquer dans ma prochaine newsletter « auteurs ». Tiens-moi au courant pour ton kindle !!

  4. Nous avions eu une conversation où tu me semblais contre l’édition numérique mais au vu de ton propre bilan, a-t-on le choix?

    Mon ebook sur la phrase complexe en anglais est presque fini pour être publié sur Kindle.

  5. C’est terrifiant, oui, surtout quand l’on vous loue par ailleurs comme traductrice chevronnée!
    Le numérique ne pourra pas être pire, dis-moi que ce n’est pas possible, Nathalie….
    En tout cas rien à perdre, et aucun regret, alors autant foncer !
    Et le beau livre que tu viens de me concocter devrait m’y aider. 🙂

  6. Ben dis donc, le bilan n’est effectivement pas brillant !
    Je compatis d’autant plus que je connais ton talent et ton professionnalisme.
    Ma chère Edith, en route vers le numérique et…ils n’ont qu’à bien se tenir !
    Je te dis que 2013 sera ton année 😀 !
    Tu le sais, tu as tout mon soutien.
    Je t’embrasse

  7. Merci pour ton soutien, chère Christine, qui me fait chaud au coeur. C’est très dur, injuste et ingrat en effet. C’est la première fois que je me prête à un calcul aussi pointu, jusqu’ici j’avais dans l’idée que je récoltais 10 eur de l’heure (une fortune en effet !)… Et ça fait 20 ans que ça dure comme ça ! LaFemme sans nom, pour mémoire, m’a rapporté 12 eur 76 (pas encore touchés…).
    Alors si mon heure doit venir, elle se fait attendre !! Et, oui, les éditeurs connaissent ma « valeur », après 30 traductions, mais ça ne les rend pas généreux pour autant !
    Pour les e-books, c’est ambitieux, mais les manuscrits sont déjà là, t’inquiète !

  8. Chère Edith,
    Scandalisée d’apprendre que cette mission titanesque ne te laisse que quelques deniers.
    D’autre part, je suis convaincue que les personnes concernées, l’auteur, l’éditeur connaissent ta valeur. Si non, pourquoi te confier un tel travail?

    Un jour tu récolteras!

    Ton idée d’un e-book par mois est ambitieuse et je suis impatiente de découvrir le premier. Gageons que celui ci te rapporte quelques thunes histoire de mettre du caviar dans les épinards et dans tes délicieux oeufs brouillés.

    Ton (un de tes) admiratrice de la première heure.

    Amitiés